
Lorsqu’un événement difficile ou traumatique appartient au passé mais continue à déclencher dans le présent une émotion intense, une sensation physique, une image intrusive ou une réaction automatique, une question se pose : pourquoi le cerveau continue-t-il à réagir comme si le danger était encore présent ? C’est notamment à cette question que s’intéresse l’approche de thérapie intégrative Lavaur présentée dans cet article.
Les recherches sur la mémoire, le traumatisme et les mécanismes de retraitement émotionnel permettent aujourd’hui de mieux comprendre certains de ces phénomènes.
L’EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing), les stimulations bilatérales alternées, l’hypnose clinique et certains outils issus de la programmation neuro-linguistique (PNL) sont nés d’histoires différentes. Pourtant, utilisés dans un cadre adapté, ils peuvent intervenir sur différentes dimensions d’un même problème : le souvenir, la cognition, l’émotion, les sensations corporelles et les réponses devenues automatiques.
C’est cette complémentarité qui constitue l’un des fondements de la thérapie intégrative à Lavaur présentée ici.
Pour comprendre concrètement cette approche, nous prendrons comme fil conducteur l’exemple du cabinet de thérapie intégrative de Lavaur de François Kiesgen, où la prise en charge n’est pas organisée autour d’une technique unique, mais autour de la cible thérapeutique et de son évolution au cours des séances.
EMDR et sommeil paradoxal : d’où vient l’hypothèse REM ?
EMDR signifie « désensibilisation et retraitement par les mouvements oculaires ».
Pendant le sommeil paradoxal, également appelé sommeil REM (Rapid Eye Movement), les yeux effectuent des mouvements rapides tandis que le cerveau traverse une phase particulière d’activité. Le sommeil joue un rôle important dans différents processus de consolidation de la mémoire et de traitement émotionnel.
Cette observation a conduit à une hypothèse historique : les mouvements oculaires utilisés en EMDR pourraient présenter certaines analogies fonctionnelles avec des mécanismes observés pendant le sommeil paradoxal.
Cette hypothèse a notamment été discutée par le chercheur Robert Stickgold, de la Harvard Medical School, dans un article consacré à un mécanisme neurobiologique possible de l’EMDR.
Il convient cependant de rester précis : l’EMDR ne reproduit pas littéralement le sommeil paradoxal. Le rapprochement avec le REM constitue une hypothèse explicative parmi plusieurs modèles étudiés.
La mémoire de travail : une autre hypothèse majeure
Une autre explication occupe aujourd’hui une place importante dans la recherche : l’hypothèse de la mémoire de travail.
Pour comprendre le principe, imaginons qu’une personne évoque mentalement un souvenir difficile. Maintenir l’image, les sensations et les émotions associées sollicite déjà une partie de ses ressources cognitives.
Si, au même moment, on lui demande d’effectuer une seconde tâche exigeant également de l’attention — suivre un mouvement des yeux, par exemple — les deux activités entrent en compétition pour des ressources limitées. C’est le principe de la double tâche.
Le souvenir peut alors être expérimenté comme moins vif et moins émotionnellement intense. Une revue systématique consacrée aux mécanismes possibles de l’EMDR conclut qu’il existe un soutien empirique raisonnable au modèle de la mémoire de travail, tout en rappelant que les mécanismes précis de l’EMDR ne sont pas encore complètement établis.
Cette prudence est importante : une thérapie peut disposer de données d’efficacité sans que l’ensemble de ses mécanismes neurobiologiques soit définitivement expliqué.
Le souvenir ne disparaît pas : sa charge émotionnelle peut changer
L’objectif d’un retraitement n’est pas d’effacer la mémoire. La personne continue à savoir ce qui s’est produit.
Ce qui peut évoluer, c’est la manière dont le souvenir est vécu lorsqu’il est réactivé : sa vivacité, l’émotion associée, certaines sensations corporelles ou les pensées automatiques qu’il déclenche.
Le souvenir peut progressivement être perçu davantage comme un événement appartenant au passé, plutôt que comme une expérience qui continue à envahir le présent.
Il serait donc trop simplificateur d’affirmer que le souvenir est physiquement « déplacé de l’amygdale vers le cortex ». Les recherches décrivent des phénomènes beaucoup plus complexes impliquant différents réseaux liés à la mémoire, à l’attention, à l’émotion et à leur régulation.
Pourquoi parler de stimulations bilatérales alternées ?
Les mouvements oculaires constituent la modalité la plus connue de l’EMDR, mais ils ne sont pas la seule possibilité.
Les recommandations du NICE précisent que l’EMDR peut utiliser des stimulations bilatérales répétées, normalement des mouvements oculaires, mais également d’autres modalités telles que des tapotements ou des sons lorsqu’elles sont préférables ou plus appropriées.
On peut ainsi rencontrer une stimulation visuelle, avec un mouvement suivi par les yeux ; une stimulation auditive, avec une alternance de sons ; une stimulation tactile ou kinesthésique, avec des stimulations alternées.
Le choix de la modalité n’est cependant qu’une partie du travail. L’essentiel reste la cible activée, la réaction de la personne et l’évolution de son ressenti.
Thérapie intégrative Lavaur : l’exemple du cabinet de François Kiesgen
La particularité de l’approche de François Kiesgen est de ne pas considérer l’EMDR, l’hypnose ou la PNL comme des méthodes concurrentes. Elles deviennent différents outils mobilisables au sein d’une même stratégie thérapeutique. Le fil conducteur n’est plus la technique utilisée, mais l’évolution de la cible et du ressenti du patient.
Au cabinet de thérapie intégrative de Lavaur, le travail peut ainsi associer régulation respiratoire, hypnose clinique, stimulations bilatérales alternées, travail sur les cognitions, visualisation, ancrages et certains outils issus de la PNL.
Il ne s’agit pas d’accumuler les techniques. Il s’agit de pouvoir changer d’outil lorsque la réponse du patient indique qu’une autre voie serait plus pertinente.
Étape 1 — L’anamnèse : comprendre avant d’intervenir
La première étape consiste à comprendre précisément ce qui amène la personne à consulter : quelle situation déclenche le problème ? Que ressent-elle ? Quelle sensation apparaît dans son corps ? Quelle image lui vient ? Que se dit-elle intérieurement ? Quel comportement se déclenche ensuite ? Et surtout : que souhaiterait-elle pouvoir ressentir ou faire différemment ?
Cette phase permet progressivement d’identifier une cible : une situation, un symptôme, une cognition, une émotion, une sensation ou parfois un souvenir précis.
Dans l’approche de François Kiesgen, cette étape est fondamentale parce que la technique n’est choisie qu’après avoir compris ce sur quoi le travail doit porter.
Étape 2 — Réguler avant de retraiter
Lorsqu’une personne arrive avec un niveau élevé de stress ou d’activation, travailler immédiatement sur un souvenir difficile n’est pas nécessairement la première chose à faire.
Au cabinet de thérapie intégrative de Lavaur, François Kiesgen utilise notamment la respiration et la cohérence cardiaque comme outils de régulation.
L’objectif est aussi pédagogique : le patient apprend une technique qu’il pourra réutiliser seul lorsqu’une montée de stress apparaîtra dans sa vie quotidienne.
La thérapie ne consiste pas uniquement à agir pendant les séances : elle vise également à transmettre des outils utilisables en dehors du cabinet.
Étape 3 — Installer la sécurité et les ressources
Avant d’aborder certaines cibles fortement chargées, un travail de stabilisation peut être proposé.
L’hypnose peut notamment permettre de construire ou de renforcer un lieu sûr, c’est-à-dire une représentation intérieure associée à un état de calme et de sécurité. Cet état peut ensuite être associé à un ancrage, par exemple un geste simple.
L’objectif est que cette ressource puisse être retrouvée pendant la séance si l’intensité émotionnelle devient trop importante, mais aussi progressivement réutilisée dans la vie quotidienne.
La stabilisation et l’apprentissage de techniques d’auto-apaisement font partie des éléments décrits dans les recommandations cliniques encadrant l’EMDR pour le TSPT.
Étape 4 — L’évocation : activer la cible sans rechercher la souffrance
Le retraitement suppose généralement que la cible soit suffisamment présente pour pouvoir être travaillée. Mais cela ne signifie pas qu’il faille replonger systématiquement le patient dans une détresse maximale.
L’évocation peut partir d’une image, d’un souvenir, d’une sensation corporelle, d’une situation ou d’une cognition telle que : « Je ne suis pas en sécurité », « Je ne suis pas capable », « Je vais échouer » ou « Je ne peux rien faire ».
Le thérapeute recherche alors un niveau d’activation permettant le travail tout en maintenant la personne suffisamment ancrée dans le présent.
Étape 5 — Le SUD : mesurer ce que ressent réellement le patient
Dans l’approche utilisée par François Kiesgen, une place importante est accordée au SUD — Subjective Units of Distress, une mesure subjective de l’intensité du ressenti.
Une question peut être proposée : « Lorsque vous pensez maintenant à cette situation, sur une échelle de 0 à 10, quelle est l’intensité de ce que vous ressentez ? »
Cette valeur n’est pas un diagnostic ni une mesure biologique. C’est le ressenti du patient à cet instant. Elle offre néanmoins un repère utile pour suivre l’évolution de la cible au cours du travail.
Étape 6 — Stimuler, observer… puis mesurer de nouveau
Lorsque la cible est activée, le thérapeute peut commencer une série de stimulations.
Après chaque séquence, la personne observe ce qui apparaît. Une image peut changer, une sensation peut se déplacer, une émotion peut diminuer, une pensée différente peut émerger, un autre souvenir peut apparaître. Parfois, au contraire, rien ne semble évoluer.
Le thérapeute ne cherche pas nécessairement à interpréter immédiatement. Il observe avec le patient la direction prise par le processus. Puis le SUD peut être réévalué.
Que faire lorsque le SUD ne descend pas ?
C’est ici que la logique intégrative devient particulièrement intéressante. Un protocole n’évolue pas toujours de manière linéaire.
Le SUD peut diminuer rapidement, évoluer lentement, rester stable ou parfois augmenter temporairement.
Dans l’approche de François Kiesgen, une stagnation n’est pas simplement considérée comme une invitation à répéter indéfiniment la même intervention. Elle devient une information clinique.
Le thérapeute peut alors changer de porte d’entrée : travailler sur une cognition, modifier une représentation mentale, revenir à une ressource, utiliser l’hypnose, intervenir sur certaines submodalités ou reprendre temporairement un travail de régulation.
Une nouvelle séquence de stimulations peut ensuite être proposée avant de réévaluer le SUD.
La séance peut ainsi suivre une boucle dynamique : cible → évocation → intervention → stimulation → observation → SUD → adaptation → nouvelle intervention. Le patient reste le repère central du processus.
Les submodalités : quand changer l’image change déjà le ressenti
Certaines techniques issues de la PNL s’intéressent aux caractéristiques de nos représentations mentales.
Lorsqu’une personne pense à une situation difficile, l’image intérieure est-elle grande ou petite, proche ou éloignée, en couleur ou en noir et blanc, nette ou floue, fixe ou en mouvement ? Ces caractéristiques sont souvent appelées submodalités en PNL.
Les modifier peut, chez certaines personnes, modifier l’expérience subjective associée à la représentation.
Dans une approche intégrative, ce travail peut devenir une étape intermédiaire : modifier la représentation, observer ce qui change, reprendre éventuellement les stimulations, puis mesurer à nouveau le ressenti.
Il convient toutefois de distinguer ici l’usage clinique de ces outils de leur niveau de validation scientifique : les concepts issus de la PNL ne disposent pas du même niveau de preuve que l’EMDR dans le traitement du TSPT.
Quelle place pour l’hypnose clinique ?
L’hypnose apporte une autre dimension. Elle permet de travailler sur la focalisation de l’attention, l’imagerie mentale, les sensations, les ressources et certaines représentations subjectives.
François Kiesgen peut ainsi l’utiliser à différents moments : pour favoriser un état de calme, renforcer une ressource, accompagner une visualisation, travailler une représentation ou préparer une futurisation.
Il serait excessif d’affirmer que l’hypnose place systématiquement le cerveau dans un état de « plasticité neuronale maximale ». L’intérêt clinique recherché est plus concret : modifier l’état attentionnel et faciliter, chez certaines personnes, un travail sur l’expérience subjective tout en maintenant un cadre sécurisant.
La futurisation : vérifier que le changement peut exister dans l’avenir
Faire diminuer l’intensité d’une cible ne constitue pas nécessairement la fin du travail.
Une question devient alors particulièrement intéressante : « Que se passe-t-il maintenant lorsque vous vous imaginez dans une situation future qui aurait auparavant déclenché cette réaction ? »
Le patient peut être invité à se représenter cette situation : comment se voit-il ? Que ressent-il ? Comment respire-t-il ? Quelle pensée apparaît ? Quelle réponse adopte-t-il ?
Les suggestions hypnotiques, la visualisation et certains recadrages peuvent alors contribuer à consolider une représentation différente de la situation future.
Thérapie intégrative Lavaur : une approche centrée sur le patient plutôt que sur l’outil plutôt que sur l’outil
L’EMDR dispose aujourd’hui d’une reconnaissance importante dans le traitement du trouble de stress post-traumatique. L’OMS cite l’EMDR parmi les interventions psychologiques à considérer chez l’adulte atteint de TSPT, tandis que le NICE la recommande dans certaines situations précises et insiste sur une pratique structurée, réalisée par des praticiens formés et supervisés.
Cela ne signifie pas pour autant que chaque difficulté psychologique relève de l’EMDR, ni que toutes les techniques utilisées dans une approche intégrative disposent du même niveau de validation scientifique.
C’est précisément pourquoi le choix de l’outil doit rester distinct du diagnostic et adapté à la situation de la personne.
L’exemple du cabinet de thérapie intégrative de Lavaur de François Kiesgen illustre cette philosophie : ne pas enfermer la personne dans une méthode unique, mais disposer de plusieurs outils et observer continuellement sa réponse.
Respiration et régulation lorsqu’il faut d’abord apaiser. Hypnose lorsqu’un travail attentionnel, imaginaire ou de ressources est pertinent. Stimulations bilatérales lorsque la cible se prête à ce type de retraitement. Travail cognitif ou outils issus de la PNL lorsque la représentation ou l’automatisme nécessite une autre porte d’entrée. Puis mesure, observation et adaptation.
La technique n’est pas le centre de la thérapie. Le patient l’est.
Et l’objectif final n’est pas seulement que la personne se sente mieux pendant une séance, mais qu’elle développe progressivement des ressources qu’elle pourra mobiliser dans sa vie quotidienne, de manière de plus en plus autonome.
Références scientifiques principales
Landin-Romero, R. et al. (2018). How does eye movement desensitization and reprocessing therapy work? A systematic review on suggested mechanisms of action. Frontiers in Psychology, 9, 1395.
Organisation mondiale de la Santé (OMS) — Interventions psychologiques pour le trouble de stress post-traumatique chez l’adulte.
NICE — Post-traumatic stress disorder (NG116), recommandations relatives notamment à l’EMDR.
Stickgold, R. (2002). EMDR: a putative neurobiological mechanism of action. Journal of Clinical Psychology, 58(1), 61–75.